Ousmane Sow est né le 10 octobre 1935 à Dakar.
Cet homme d’une stature imposante, descend d’une famille aristocratique et guerrière. Il est aussi imposant que ces
sculptures, et de lui, se dégage une force tranquille qu’il serait périlleux de bousculer. A ce propos, une anecdote
issue de son site officielle et rapportée dans l’excellent article de Jacques A. BERTRAND, nous en livre un aperçu :
C’est l'histoire du Guerrier et du Buffle, un groupe de sa série Masaï acheté par l'Assemblée Nationale sénégalaise
en 1995. Au bout d’un an, et malgré les relances du sculpteur, l'oeuvre n'a toujours pas été réglée. Ousmane Sow envoie
un ultimatum au Président de l'Assemblée. L'ultimatum expiré, il loue un camion élévateur et entreprend de récupérer son
guerrier et son buffle. Les gendarmes affolés et craignant pour leur situation le supplient de n'en rien faire. Bon bougre,
l'artiste accepte de prolonger l'ultimatum. Mais la nouvelle date fixée est à son tour dépassée et il revient avec sa grue.
La statue est déjà sur la plate-forme du camion lorsque survient le Président, dont la voiture officielle reste bloquée.
Entretien privé improvisé. Il ne pouvait s'agir que de malentendus et de contretemps malheureux, naturellement. Le questeur
de l'Assemblée remet à Ousmane dix millions de francs CFA en petites coupures qu'il entasse dans son petit sac à dos...
avant de remettre en place « Le Guerrier et le buffle ».
A sept ans, Ousmane entre à l'École française et fréquente l'École coranique. Il commence à dessiner des figurines et après
l’école, pendant que les autres enfants jouaient, il sculptait sur la plage des petits morceaux de calcaire avec une lame de
rasoir.
A dix ans, Ousmane sculpte des blocs de calcaire trouvés sur les plages.
A dix-sept ans, il intègre une école privée dont il sort muni d'un brevet commercial. La mort de son père, quatre ans plus tard
est la première grande rupture dans sa vie. Après ce décès, Ousmane Sow décide de partir pour Paris.
Arrivé à Paris, il dépense toute sa fortune (1000 anciens francs) dans un petit déjeuner à Port Royal. Le café croissant coûte cinq cents francs, il laisse le reste en pourboire. Après quoi, il s'en remet à la Providence. Des agents lui ouvrent une cellule pour la nuit, partagent leur petit déjeuner avec lui et téléphonent aux collègues d'un commissariat voisin pour lui réserver une autre cellule pour le soir. Et une boulangère qu’il a séduite en chantant du Tino Rossi, lui apporte du pain et du chocolat tous les jours.
De 1957 à 1961, il vit à Paris de plusieurs petits métiers et fréquente des étudiants des Beaux Arts en qui il ne se reconnaît guère.
Il a provisoirement abandonné la sculpture. Il achève ses études d'infirmier l'année où le Sénégal accède à l'indépendance. Il
entreprend une formation de kinésithérapeute. Il veut s'inscrire pour défendre la France, celle qu'il aime, au moment du putsch
des généraux en Algérie. Mais, lorsqu'il a eu le choix, il a opté pour la nationalité sénégalaise et il se sent des devoirs
envers son pays. Il sera le premier kinésithérapeute du Sénégal.
« La kinésithérapie a été pour moi une profession de substitution », dira-t-il. Et, par ailleurs, il déplore que l'anatomie ne
soit pas enseignée aux Beaux Arts. Il exerce ce métier durant une vingtaine d’années, et cela aura une influence sur son travail
de sculpteur, grâce à la connaissance et l’approche du corps humain qu’il lui a apporté. Ses oeuvres sont l'aboutissement d'un
patient travail et d'une longue réflexion sur le corps humain. Un corps qu'il n'hésite pas à triturer, déformer, recréer, pour le
plier à ce qu'il veut exprimer.
A Dakar, il renoue avec la sculpture qu’il exerce en parallèle avec son métier de kinésithérapeute. Durant toute cette période,
il consacre l’essentiel du temps que lui laisse sa profession à perfectionner sa technique artistique et à faire des recherches
sur les matériaux...
Il revendique enfin le statut d'artiste en exposant un bas-relief au Premier Festival Mondial des Arts Nègres en 1966.
Il retourne bientôt en France pour exercer dans le privé. Le soir et le week-end, parfois même dans la journée entre deux patients,
il transforme son cabinet de kiné en atelier. Il fabrique des marionnettes articulées, invente pour elles des scénarios
surréalistes et réalise un petit film d'animation.
En 1978 il retourne définitivement à Dakar. C'est pendant la décennie qui suit qu'il va concevoir l'oeuvre que nous connaissons
aujourd'hui.